Des déchets organiques pour teinter naturellement les tissus

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L'alternative aux teintures chimiques et polluantes est-elle dans nos poubelles ? En utilisant des pelures d'oignon, d'avocat ou des feuilles de chou rouge, la designer Caroline Fourré a créé un procédé de teinture naturel pour sa marque Local Colours.

S'il est désormais courant de voir des matières comme le coton bio ou le chanvre dans l'industrie textile, dont certains acteurs se tournent vers des solutions plus respectueuses de l'environnement, les teintures majoritairement utilisées restent encore très polluantes. Bien que souvent composées de métaux lourds et de composés toxiques parfois dangereux pour la santé comme le rappelait Greepeace en 2012, ces teintures synthétiques ont permis aux entreprises d'obtenir des teintes stables à des prix bien moins élevés que ceux des teintures naturelles.

Le safran permet ainsi de colorer un tissu ou du cuir en jaune vif quand l'indigotier, dit aussi indigo des teinturiers, a offert un bleu intense aux tissus jusqu'à la fin du 19e siècle. Ayant trouvé son inspiration dans les méthodes ancestrales utilisant des plantes comme colorants, Caroline Fourré a développé un processus de teinture naturelle, se passant entièrement de produits chimiques tout en valorisant les déchets organiques.

Des déchets bons pour teinter

Pendant plusieurs mois, la créatrice de Local Colours a réalisé des tests dans sa cuisine, faisant infuser diverses plantes dans de l'eau avant d'y plonger des morceaux de tissu. De ses expérimentations, elle a ainsi obtenu 3 couleurs déclinées dans une collection de carrés de soie et de vêtements, teintés localement dans la région de Bern (Suisse). 

Pour obtenir son jaune orangé, Caroline Fourré a fait infuser des pelures d'échalotes. À partir de peaux d'avocats, elle a obtenu du rose saumon quand 1 kilo de feuilles abîmées de choux rouges lui permet aujourd'hui de teindre 2 tee-shirts en bleu ciel. Si d'autres couleurs ont existé dans la cuisine de la designer, seules ces trois-là se retrouvent dans la ligne Local Colours en vente actuellement sur la plateforme de crowdfunding Wemakeit. Aux côtés des carrés de soie unis se côtoient robes, tee-shirts, sets de table et pantalons teints de dégradés de couleurs.

Interrogé par le Huffington Post, Caroline Fourré affirme qu'un lavage à 30° en machine est possible.  Mais « ces couleurs naturelles ne sont pas aussi durables que les chimiques. Il se peut que la couleur s'estompe quelque peu au bout d'un ou deux années ». L'occasion de donner une nouvelle teinte à ses vêtements et de les remettre aux couleurs du moment ! Mais l'un des objectifs majeurs de la créatrice est de développer ces procédés à échelle industrielle pour remplacer progressivement les teintures chimiques. Comme dans bon nombre de domaines, les teintures naturelles ont laissé leur place à leurs imitations synthétiques à cause de leur prix, leur fabrication nécessitant de cultiver des champs de plantes uniquement destinées aux teinturiers.

Un problème que Caroline Fourré a simplement contourné en valorisant les déchets des entreprises voisines telles que les restaurants, les fermes et les usines de transformation. Ainsi, ce concept a un fort potentiel pour être redéveloppé dans d'autres régions de la planète, les couleurs changeant selon les habitudes de consommation. L'eau colorée ou les déchets organiques étant difficiles à conserver plus de quelques jours, Caroline Fourré travaille à la transformation de la teinture en poudre ou sous une forme pouvant être commercialisée aux entreprises ou aux particuliers. 

* Images extraites de la page Local Colours sur Wemakeit

Article rédigé par La Rédaction Au-Magasin.fr

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